A la tombée d'ennuis
Réalisateur : Jacques TOURNEUR
Scénariste : Stirling Silliphant (d'après D. Goodis)
Photographie : Burnett Guffey
Musique : G. Duning
Acteurs : Aldo Ray, Anne Bancroft, Brian Keith, Rudy Bond, James Gregory
Année : 1957
La critique « à la Mac Guff »
Cela commence dans la nuit noire d'une grande ville étatsunienne, et se termine dans les étendues neigeuses immaculées du Wyoming. D'emblée, la cinématographie est percutante, puis on ne lâche plus Jim Vanning, dégaine de voyou mais type ordinaire que poursuit une poisse grosse comme ça, en plus d'un détective d'assurance et deux malfrats aussi patibulaires que complémentaires : l'un taciturne aux manières nonchalantes mais déterminé à user de toute la violence nécessaire, l'autre volubile et qui se révèle jovialement sadique.
Non, nous ne sommes ni chez les frères Coen, ni chez Tarantino, bien que ces deux là ont du, à mon sens, payer un bon tribut à Jacques Tourneur et son « Nightfall » de 1957.
Bien que la présence d'acteurs peu connus dans les rôles principaux témoignent d'une série B, Tourneur parvient, avec ces moyens financiers visiblement limités, à filmer au mieux cette ambiance poisseuse de Goodis.
Je n'avais auparavant jamais vu aucun des acteurs, mais Aldo Ray est très crédible en ex-marine dur à cuire pris au piège, Anne Bancroft est plutôt à l'aise, bien que son personnage, unique rôle féminin d'importance du film, soit l'un des deux stéréotypes de la femme du film noir (soit femme fatale, soit amante parfaite prête à tout les sacrifices pour des types qui souvent ne valent pas grand chose, mais ce n'est pas le cas ici).
Parmi toutes les belles séquences réalisées, il y a une magnifique scène digne de Hitchcock, jouant sur ces relations entre les deux héros, et qui réussit à être comique tout en décrivant une situation qui ne l'est absolument pas : Vanning, poursuivi par les deux sbires, enlève littéralement Marie de son défilé de mode. Or cette dernière est habillée d'une superbe robe, qui l'empêche de courir. Jim est alors contraint de la prendre dans ses bras et c'est un couple de jeunes mariés qui se précipite dans le taxi, lui ordonnant de démarrer à toute vitesse. La cliente précédente qui retarde l'action en cherchant sa monnaie participe de ce double effet comique et dramatique, en faisant monter le suspens (démarrera, démarrera pas ?)
Pour un film de
1957, je fus agréablement surpris de trouver une paire de «
méchants » qui valent leur pesant de cacahuètes (et volent la
vedette dans chacune de leur scène). Le couple qu'ils forment
repose sur la formule classique du comique d'opposition ; leur
cruauté et leur sadisme en sont d'autant plus choquants.
Je parierais volontiers que Quentin Tarantino, cinéphile maniaque,
n'a pas du louper ces deux personnages qui préfigurent Samuel L.
Jackson et John Travolta dans « Pulp Fiction », pas plus que les
frères Coen dans leur « Fargo », film auquel on pense souvent,
surtout à la fin à cause du paysage de cambrousse déserte et
enneigée, et dans lequel sévissent aussi deux méchants très
affreux, ou vice-versa (Steve Buscemi et Peter
Stormare).
« Plus les méchants
sont réussis, plus le film l'est » disait en substance Hitchcock.
Ici, outre l'élégante mise en scène de Tourneur et les paysages
contrastés, urbains ou campagnards, c'est aussi en grande partie
grâce aux grandioses interprétations de détraqués de Brian Keith et
Rudy Bond que le film possède son aura.
D'ailleurs, l'aura, l'aura pas, cette satanée sacoche aux 350,000 $
? La fin que réserve Tourneur à son méchant n°2 est aussi à
inscrire dans les annales des meilleures punitions
cinématographiques.










