Accueil Date de création : 20/11/08 Dernière mise à jour : 09/01/12 16:45 / 105 articles publiés

NIGHTFALL  (La « N ») posté le jeudi 27 janvier 2011 22:13

A la tombée d'ennuis

Réalisateur : Jacques TOURNEUR

Scénariste : Stirling Silliphant (d'après D. Goodis)

Photographie : Burnett Guffey

Musique : G. Duning

Acteurs : Aldo Ray, Anne Bancroft, Brian Keith, Rudy Bond, James Gregory

Année : 1957


La critique « à la Mac Guff »

Cela commence dans la nuit noire d'une grande ville étatsunienne, et se termine dans les étendues neigeuses immaculées du Wyoming. D'emblée, la cinématographie est percutante, puis on ne lâche plus Jim Vanning, dégaine de voyou mais type ordinaire que poursuit une poisse grosse comme ça, en plus d'un détective d'assurance et deux malfrats aussi patibulaires que complémentaires : l'un taciturne aux manières nonchalantes mais déterminé à user de toute la violence nécessaire, l'autre volubile et qui se révèle jovialement sadique.

Non, nous ne sommes ni chez les frères Coen, ni chez Tarantino, bien que ces deux là ont du, à mon sens, payer un bon tribut à Jacques Tourneur et son « Nightfall » de 1957.

Bien que la présence d'acteurs peu connus dans les rôles principaux témoignent d'une série B, Tourneur parvient, avec ces moyens financiers visiblement limités, à filmer au mieux cette ambiance poisseuse de Goodis.

Je n'avais auparavant jamais vu aucun des acteurs, mais Aldo Ray est très crédible en ex-marine dur à cuire pris au piège, Anne Bancroft est plutôt à l'aise, bien que son personnage, unique rôle féminin d'importance du film, soit l'un des deux stéréotypes de la femme du film noir (soit femme fatale, soit amante parfaite prête à tout les sacrifices pour des types qui souvent ne valent pas grand chose, mais ce n'est pas le cas ici).

Parmi toutes les belles séquences réalisées, il y a une magnifique scène digne de Hitchcock, jouant sur ces relations entre les deux héros, et qui réussit à être comique tout en décrivant une situation qui ne l'est absolument pas : Vanning, poursuivi par les deux sbires, enlève littéralement Marie de son défilé de mode. Or cette dernière est habillée d'une superbe robe, qui l'empêche de courir. Jim est alors contraint de la prendre dans ses bras et c'est un couple de jeunes mariés qui se précipite dans le taxi, lui ordonnant de démarrer à toute vitesse. La cliente précédente qui retarde l'action en cherchant sa monnaie participe de ce double effet comique et dramatique, en faisant monter le suspens (démarrera, démarrera pas ?)

Pour un film de 1957, je fus agréablement surpris de trouver une paire de « méchants » qui valent leur pesant de cacahuètes (et volent la vedette dans chacune de leur scène). Le couple qu'ils forment repose sur la formule classique du comique d'opposition ; leur cruauté et leur sadisme en sont d'autant plus choquants.
Je parierais volontiers que Quentin Tarantino, cinéphile maniaque, n'a pas du louper ces deux personnages qui préfigurent Samuel L. Jackson et John Travolta dans « Pulp Fiction », pas plus que les frères Coen dans leur « Fargo », film auquel on pense souvent, surtout à la fin à cause du paysage de cambrousse déserte et enneigée, et dans lequel sévissent aussi deux méchants très affreux, ou vice-versa (Steve Buscemi et Peter Stormare).

« Plus les méchants sont réussis, plus le film l'est » disait en substance Hitchcock. Ici, outre l'élégante mise en scène de Tourneur et les paysages contrastés, urbains ou campagnards, c'est aussi en grande partie grâce aux grandioses interprétations de détraqués de Brian Keith et Rudy Bond que le film possède son aura.
D'ailleurs, l'aura, l'aura pas, cette satanée sacoche aux 350,000 $ ? La fin que réserve Tourneur à son méchant n°2 est aussi à inscrire dans les annales des meilleures punitions cinématographiques.



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GARCON STUPIDE  (L’année de tous les dan « G ») posté le dimanche 23 janvier 2011 22:50

Sexe, mensonge et vie de zéro


Réalisateur : Lionel BAIER

Scénaristes : L. Baier, Laurent Guido

Acteurs : Pierre Chatagny, Natacha Koutchoumov

Année : 2005


La critique « à la Mac Guff »

Nous sommes à l'intérieur d'une voiture qui s'avance dans la nuit puis s'arrête sur un parking. Un jeune homme monte, et s'adresse à la caméra, c'est-à-dire au conducteur/réalisateur/spectateur.
Cette mise en scène très « arty » se révèlera par la suite de plus en plus artificielle.

Le jeune homme, c'est Loïc, le « garçon stupide » du titre, qui n'est peut-être pas « stupide », mais totalement ignare : l'hitlérisme, késako ? les photos, « ça l'impressionne », c'est pour ça qu'il qualifie les siennes de photos « impressionnistes », etc.

En revanche, ce qu'il sait parfaitement, c'est qu'il est très mignon, et en profite abondamment pour se prostituer auprès de mecs, qu'il drague à la chaîne sur le web. Pendant qu'il photographie ses ébats à l'aide de son téléphone portable, le réalisateur nous montre le résultat à l'écran dans un abyme d'images juxtaposées, montrant les postures pornographiques de son héros à côté de machineries de bielles et de pistons en mouvement, pour le cas où le spectateur n'aurait pas compris le côté mécanique des mecs à Loïc (appréciez la rime).

Photographie, Internet, caméra subjective, split-screen, puis plus tard effets de surexposition (le footballeur noir dans la neige !) : n'en jetez plus ! Croyant découvrir tous ces trucs de cinéma, le cinéaste en oublie carrément son histoire, ce qui fait que le pauvre spectateur, pourtant a priori attendri devant le côté immature de Loïc, interprété avec naturel par Pierre Chatagny, se désintéresse peu à peu de lui.

D'emblée, la forme pose problème : Loïc s'adresse, via la caméra, à un personnage (donc hors champ) et lors d'un dialogue avec ce dernier, celui-ci révèle qu'il s'appelle Lionel, c'est-à-dire le prénom du réalisateur.

Mais ensuite, lorsque la caméra suit Loïc, est-ce à dire que « Lionel » est aussi présent ? Et que dire lorsque ce n'est plus Loïc à l'écran, mais Marie (N. Koutchoumov), sa meilleure amie et néanmoins colocataire ?

L'actrice est charmante et épatante dans ce rôle de mère-sœur-confidente, mais les relations entre elle et Loïc sont plutôt survolées, et se terminent par une absurde tragédie dont Loïc est le responsable. Pour autant, ce dernier ne semble pas vraiment concerné.

D'ailleurs, à force de n'être concerné par rien, de vivre dans des rêves puérils (il veut partir en Afrique photographier des lions parce que « ça lui plaît » : on l'imagine bien dans la savane, son portable à bout de bras devant un lion affamé !), de ne rien entendre à son époque (scène finale où le cortège anti-G8 de Genève passe devant lui comme dans un rêve), ce garçon devient sinon stupide, du moins complètement transparent (voir la scène finale encore, où il énumère en voix off tout ce qu'il n'est pas : un vrai fourre-tout à la Prévert, et aussi la scène de la montagne ou son visage s'estompe presque dans une surexposition aveuglante due à la neige).

Il y a aussi la digression sur le footballeur que suit amoureusement Loïc : on le voit telle une midinette feuilleter chaque journal où sa nouvelle idole apparaît. Le spectateur se dit qu'il va enfin s'ouvrir à des sentiments humains (même si c'est pour un footballeur : nobody's perfect), mais non, rien, nada.

Décidément, le personnage reste une énigme, et le film, dans cette espèce de prétention vaguement branchée, en devient exaspérant.



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VOYAGES AVEC MA TANTE  (La vie ré « V » des anges) posté le dimanche 23 janvier 2011 22:45

Mieux que « Camping »

Réalisateur : George CUKOR

Acteurs : Maggie Smith, Alec McCowen, Louis Gosset Jr., Robert Stephens

Année : 1972

Titre original : Travels with my aunt


Le commentaire « Quick Mac »

Divertissement pétillant et vif comme une coupe de champagne, élégamment filmé par Cukor, ces voyages sont basés sur l'éternel couple mal assorti, ici un employé de banque modeste et timoré, british guindé jusqu'aux bords de son chapeau melon, et tante de ce dernier, une ex-demi-mondaine fantasque et trafiquante à ses heures.

A ces personnages, excellemment interprétés par Alec McCowen, dont le jeu nuancé évite de faire de Henry un stupide benêt, et Maggie Smith déchaînée derrière son maquillage exagérée de vieille dame indigne, s'ajoutent quelques seconds rôles hilarants, notamment celui de Louis Gosset Jr. en amant africain de tante Augusta, de Cindy Williams en jeune hippie paumée et délurée à la fois, et de José Luis Lopez Vasquez en « Monsieur Dombreuse », amant tex-averien d'Augusta.

Des situations improbables et joyeusement absurdes qui s'enchaînent sans temps mort, des répliques frappées au coin du nonsense britannique débitées avec tout le flegme nécessaire, une peinture nostalgique et plus vraie que nature de la haute société de Belle Epoque, revisitée par les souvenirs de tante Augusta et la caméra fluide de Cukor, des décors allant du luxe art nouveau des hôtels parisiens au désert de la côte africaine, en passant par le fameux Orient Express... Laissez derrière vous vos soucis, abandonnez la réalité et suivez tous tatie Maggie !



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CAPITAINE ACHAB  (« C » sar et Rosalie) posté le lundi 10 janvier 2011 17:22

Un film qui tient en baleine

Réalisateur : Philippe RAMOS

Acteurs : Denis Lavant, Dominique Blanc, Jacques Bonnaffé, Jean-François Stévenin, Carlo Brandt, Virgil Leclaire

Année : 2007

Le commentaire « Quick Mac »

Je n'ai pas lu le roman de Melville, aussi je ne puis juger de la fidélité de cette adaptation.

Cela dit, le film lui-même possède un aspect très littéraire. Découpé en chapitre portant le nom des personnes qui ont connu Achab, le film raconte l'enfance puis la fin du héros, en se focalisant plus sur son âme que sur ses aventures. De chasse à la baleine, on ne verra que quelques images d'archives du début du 20ème siècle.

Chaque personne représente une sphère de la vie en société, qu'Achab cherchera à fuir toute sa vie : la famille (son père, sa tante), la religion (le pasteur qui le recueille), la vie de couple (Anna la blanchisseuse qui le soigne après son accident qui lui coûta la jambe), pour finir avec Starbuck, le second du Peqod qui représente le côté « raisonnable » du métier de marin.

Le film tente de rendre compte de l'attirance d'Achab pour les forces primaires de la Nature : la photographie et la composition des plans sont magnifiques, tant celles de la forêt de son enfance, que de la rivière qui l'amène sur des plages désolées balayées par la mer, du petit port de pêche de Nantuckett que de l'océan immense, tombeau de notre héros épris d'absolu.

Ballades folk américaines, chants de marins, requiem de Fauré : les choix qui composent la B.O. sont originaux et surprenants mais fonctionnent très bien avec l'image.

Un peu lent, avec quelques symbolismes faciles, le film a toutefois le mérite de proposer une atmosphère esthétique et originale qui tranche avec le tout venant insipide.



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LES AVENTURES DU PRINCE ACHMED  (« A » bout de souffle) posté le lundi 10 janvier 2011 17:18

Miniatures persanes et ombres chinoises

 

Réalisateur : Lotte REINIGER

Année : 1926

Titre original : Die Abenteuer des Prinzen Achmed

 

Le commentaire « Quick Mac »

L'histoire, peut-être un peu trop simpliste et linéaire, est tirée des « Mille et Une nuits », mais on ne peut être qu'émerveillé devant la poésie qui se dégage du travail d'orfèvre de la réalisatrice allemande Lotte Reiniger.

Trois quarts de siècle avant Michel Ocelot, un « Prince » et une « Princesse » déjà prenaient vie en obnubilant la lumière du projecteur qui traverse la pellicule diaphane.
Dans la grâce des 24 mouvements par seconde de ces silhouettes de papier ciselées comme de la dentelle, on retrouve aussi l'atmosphère onirique du filiforme Jack Skellington.

Il paraît que ce film est le premier film d'animation : chef d'œuvre princeps d'un genre cinématographique qui est peut-être la forme la plus pure du cinéma, puisque libérée de toutes les contraintes d'acteurs, d'éclairage, de construction de coûteux décor, d'élaboration de trucages dispendieux, etc.



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