Le chariot des
feus
Réalisateur :
Viktor SJÖSTRÖM
Scénariste :
Victor Sjöström, d’après le roman de Selma Lagerlöf
Acteurs : Victor
Sjöström (David Holm), Hilda Borgström (madame Holm), Tore
Svennberg (Georges), Astrid Holm (Edit), Concordia Selander (la
mère d'Edit), Lisa Lundholm (Maria), Tor Weijden (Gustafsson)
Année : 1921
Titre original :
Körkarlen
Le commentaire « Quick Mac »
Malgré son grand âge, il y a plusieurs choses qui sont admirables
dans ce film.
Tout d’abord, l’histoire elle même possède la force
simple et tragique des grandes œuvres : l’incapacité de
l’homme à faire le bien, et sa propension à rejeter, par
bravade, par vantardise ou par dépit, les innombrables occasions
qui s’offrent à lui pour changer de vie.
Le réalisateur Victor Sjöström campe lui-même cet homme « damné »,
et son interprétation est remarquable : très « moderne », éloignée
des roulades d’yeux ou des gestes grandiloquents de certains
muets d’alors. Le reste de la distribution est à
l’avenant.
De façon analogue, les décors préfigurent davantage le « réalisme
poétique » des films français qu’ils n’empruntent à
l’expressionnisme allemand ses maisons de guingois et
ses ruelles tortueuses.
Il y a même une scène étonnante de David défonçant une porte à coup
de hache, que nous verrons quasi à l’identique quelque 60
années plus tard, dans Shining. De fait, par son thème
philosophico-fantastique sans doute emprunté aux légendes
germano-nordiques, on retrouve une certaine imagerie abondamment
utilisée dans des œuvres comme « le Seigneur des Anneaux
», et même jusqu’aux chevaux décharnés et sépulcraux
que l’on retrouve dans un épisode de « Harry Potter ».
Bien sûr, les effets spéciaux nous paraissent simplistes de nos
jours, mais ils n’en conservent pas moins leur force
poétique, car non seulement ils sont au service de
l’histoire, mais en plus sont très bien faits (notamment
lorsque « l’âme » se détache du « corps »).
Enfin, la narration est étonnamment complexe : il faut patienter un
bon moment pour comprendre le lien entre les deux histoires
parallèles, celle de la religieuse (représentant « le bien ») et
celle de l’ivrogne (« le mal »), expliqué grâce à de nombreux
flash-backs, voire des flash-backs imbriqués.
Dans un premier temps, nous assistons à l’agonie de
sœur Marie, qui réclame, on ne sait pourquoi, le dénommé
David Holm. Ce dernier est un poivrot, qui passe la nuit de la
Saint Sylvestre en compagnie de deux comparses à se raconter des
histoires de revenants : selon la légende, le dernier mort de
l’année qui s’achève est condamné, pour l’année
suivante, à collecter les âmes des défunts à bord d’une
vieille charrette brinquebalante (en surimpression sur les
décors).
David tient cette histoire de quelqu’un d’autre
(premier flash-back). Or, évidemment, ce quelqu’un
d’autre n’est autre que le Charon de l’année, et
(naturellement) Holm sera le dernier trépassé de la
Saint-Sylvestre, suite à une rixe d’ivrognes, devenant ainsi
le nouveau préposé au funèbre convoi.
Pendant les discussions entre son prédécesseur et lui-même, on
comprend, à l’aide d’autres flash-backs, que Holm a
mené une vie dissolue mais qu’il aurait pu maintes fois être
lavé de ses pêchés par l’amour que lui portait Sœur
Marie.
En résumé, une pièce du cinéma muet qu’il faut avoir vue,
pour sa puissance visuelle distincte des recherches esthétiques
allemandes, pour sa narration sophistiquée, et pour l’émotion
poignante qui se dégage de tout cela.
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Date de création : 20/11/08 Dernière mise à jour : 23/02/10 23:27 / 97 articles publiés









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