Yes ! Oui !!
Cannes !!!
Réalisateurs :
Beaucoup
Scénariste : Un
grand nombre
Acteurs : Une
flopée
Année : 2007
Sous-titre : "Ce
petit coup au cœur quand la lumière s’éteint et que le
film commence"
17 commentaires « Quick Mac »
Après avoir joué à « Hibernatus », le
MacGuffilm reprend du service et souhaite à son lectorat et avec un
peu de retard une très bonne année
2010 (qui, comme chacun sait, est l’année qui suit
2001).
Quoi de mieux pour commencer l’année critique non pas par un
seul film, mais une bonne trentaine ?
Cette série de courts-métrages fut commandée à des réalisateurs
reconnus pour les 60 ans du festival de Cannes. Tout le monde part
donc sur un pied d’égalité, puisque le thème est imposé (la
salle obscure, objet du désir), et que chaque segment doit durer
trois minutes.
Mais à ce jeu là, certains réalisateurs, sans avoir tout de même le
temps de nous ennuyer (ils ne sont pas choisis parmi les plus
manchots), restent superficiels, tandis que d’autres ont
livré de vrais petits bijoux.
Ainsi, pour une fois que Cannes nous permet de faire notre propre
palmarès, ne nous privons pas de ce petit plaisir. Voici donc, dans
la subjectivité la plus partiale, les courts-métrages qui
remportent les trophées spéciaux du MacGuffilm : place à la «
cérémonie des Lascars » !
- Le « Lascar » le plus poétique : Alejandro Gonzalez Inarritu.
Evidemment, dans cette célébration du cinéma, le Mexicain
n’est pas le seul à faire intervenir un personnage aveugle, «
Anna », mais c’est lui qui m’a le plus touché.
Comme dans beaucoup de ces courts métrages, les personnages sont
filmés en train de regarder eux-mêmes un film ; un petit jeu pour
cinéphile consiste donc à deviner quel est le « film dans le film
». Ici, c’est la magnifique musique du « Mépris » (composée
par Georges Delerue) qui colle parfaitement à l’ambiance
filmée par Inarritu.
Dans la même catégorie, et avec peu ou prou le même procédé, Abbas
Kiarostami est un challenger de bon goût puisqu’il cite quant
à lui le « Romeo et Juliette » de Zeffirelli qui arrache des larmes
à toutes les spectatrices.
- Le « Lascar » le plus élégiaque : Theo Angelopoulos.
Il filme Jeanne Moreau déambulant dans des escaliers en évoquant le
fantôme de Marcello dans « Trois Minutes ». Ah, la voix de Jeanne
Moreau !
- Le « Lascar » le plus nostalgique : Zhang Yimou.
Plusieurs de ces courts métrages font vibrer la corde nostalgique,
mais le Chinois a particulièrement réussi le sien. Le réalisateur
se souvient de l’arrivée du cinéma ambulant dans la campagne
de son enfance ; aux yeux du jeune garçon d’alors, le grand
drap blanc tendu sur la place du village, les projectionnistes et
leurs étranges machines qui trouent l’obscurité de la nuit
tombante, l’attente enfin de la projection constituaient un
spectacle encore plus merveilleux que le film lui-même.
- Le « Lascar » qui sont deux : Les frères Coen.
Dans « World Cinema », un cow-boy Marlboro débarque dans un cinéma
du fin fond du Texas, et hésite longuement entre « Climats » et «
La règle du jeu ». S’ensuit un dialogue franchement hilarant
avec le gérant du cinéma, mais les frères Coen résistent à la
tentation facile de se moquer de leur personnage. Au contraire,
lorsque la projection est finie, le cow-boy, sous ses airs gauches
et mal dégrossis, nous apparaît sincèrement touché par le film
qu’il vient de voir.
Détail curieux, la façade du cinéma utilisée par les Coen est la
même que celle filmée par Michael Cimino. Est-ce un hasard ? Ou
l’utilisation d’un même décor de studio ? Ou bien
s’agit-il d’une chaîne de cinémas dont les façades
seraient toutes identiques d’une ville à l’autre ? Si
quelqu’un veut m’apporter une explication, merci
d’avance.
- Le « Lascar » le plus tchatcheur : Walter Salles.
Dans un bled paumé « à 8944 km de Cannes », devant une salle
défraîchie programmant « les 400 coups », deux Brésiliens se
livrent, 24 mots par seconde, à une incroyable joute verbale haute
en couleur.
- Le « Lascar » le plus intello : Raoul Ruiz.
Dans « le Don », le récit que fait Michael Lonsdale à sa nièce
anthropologue est une spéculation sinueuse mais non dénuée
d’humour sur les croyances, les mythes, l’échange
rituel, la dévotion, la création, Dieu, le cinéma et toutes ces
sortes de choses… Tout cela en trois minutes chrono,
fascinant !
- Le « Lascar » le plus gore : Lars von Trier.
Alors que beaucoup de ses confrères ont choisi de montrer des
salles obscures presque vides nimbées d’une aura nostalgique,
von Trier filme une rangée de fauteuils rouges pleins à craquer.
Assis parmi ces spectateurs, il doit en plus subir l’attitude
de plus en plus exaspérante de son voisin. Heureusement, dans «
Occupations », le gars Lars a LA solution ! Quel lascar, ce Lars
!
- La « Lascar » la plus zarbie : Jane Campion.
« The Lady Bug ». A voir (pour le croire)…
Dans le genre, le Cronenberg n’est pas mal non plus, à
commencer par le titre : « At the suicide of the last Jew in the
world in the last cinema in the world ».
- Le « Lascar » qui soliloque : Nanni Moretti.
L’Italien reprend le fil de ses pensées de son journal intime
dans son « Diaro di uno Spettatore ». Moretti a le don pour
transformer en une conversation légère, agréable et pleine de
fantaisie un exercice qui pourrait, avec moins de talent, très vite
se révéler insupportablement narcissique.
- Le « Lascar » le plus mystérieux : David Lynch.
« Absurdia » de David Lynch, est l’un des courts-métrages de
la série. Du moins à ce qu’il paraît puisqu’il ne
figurait pas dans la version que j’ai vue (enregistrée lors
d’une diffusion sur Canal+). De tous les mystères, Mister
Lynch est décidément le plus mystérieux !
- Le « Lascar » le plus reconnaissable : Wong Kar Wai (et d’autres).
Alors que certains cinéastes, bousculant un peu leur personnalité,
parviennent pendant les trois minutes de leurs films à nous
intriguer sur l’identité de l’auteur, à
l’inverse, on reconnaît instantanément Wong Kar Wai, les
Dardenne ou Kitano grâce à leurs tics de mise en scène. Cependant,
cela ne signifie pas pour autant que leurs films soient ratés, hein
!
- Le « Lascar » le plus esthétique : Chen Kaige.
Dans ce créneau, les Asiatiques me semblent tenir la palme
d’or(ient), le plus graphique étant peut-être le Chen Kaige
(somptueux Noir et Blanc). Curieusement, dans cette évocation
comico-nostalgique de ses premiers émois de cinéma, le cinéaste a
réuni l’ensemble des clichés employés par ses confrères qui
ont traité plus ou moins le même sujet : le noir et blanc pour
évoquer le passé, la machinerie compliquée du projecteur,
l’excitation précédent la séance, la cécité d’un des
protagonistes, la lumière « magique » émanant du projecteur, le «
film dans le film » avec un épisode de Charlot, etc.
- Le « Lascar » le plus perso : Tsai Ming Liang.
La grand-mère du réalisateur, fan de ciné, adorait réunir sa petite
famille autour d’une sorte de pique-nique dans les salles
obscures (curieusement vides d’autres spectateurs). Le
réalisateur évite l’évocation nostalgique convenue pour
livrer un film à la tonalité étrange, presque onirique (le titre
est d’ailleurs « It’s a Dream »).
- Le « Lascar » le plus comique : Roman Polanski & Aki Kaurismäki.
Ex aequo, l’humour à froid et minimaliste du cinéaste
minimaliste venant du froid (Aki Kaurismäki et sa « Fonderie »),
contre l’humour potache de Polanski, dont la farce se termine
par une chute attendue dans un cinéma porno.
- Le « Lascar » le plus engagé : Wim Wenders.
Le village africain de « War in Peace » sort ravagé de 10 années de
guerre, précédées de 30 ans de dictature. Une paix précaire est
revenue, mais les stigmates de la guerre sont bien présents, que ce
soit dans les bâtiments en ruines ou dans les débris d’armes
avec lesquels les enfants jouent. Cependant, les villageois peuvent
à nouveau se retrouver dans le cinéma de fortune que filme Wim
Wenders, mais l’ironie est amère : le film du jour est « la
chute du faucon noir », qui rejoue des épisodes traumatiques
d’une intervention militaire devant des enfants aux attitudes
prostrées ou psychotiques et qui ouvrent de grands yeux vides et
incrédules.
- Le « Lascar » le plus ironique : Ken Loach.
Le Britannique, comique pourtant peu réputé, clôt la série avec le
très justement nommé « Happy Ending », où tout se passe « avant ».
Dans la file d’attente, un père et son garçonnet
n’arrivent pas à se décider sur le film qu’ils ont
envie de voir, malgré les conseils plus ou moins amènes des autres
personnes. Finalement, en dépit des titres aguicheurs des films à
l’affiche et de leurs résumés tous plus alléchants (et
délirants) les uns que les autres, leur choix sera peut-être le
plus raisonnable.
- Le « Lascar » le moins inspiré :
Donner un nom pour
ce « Lascar » ? Pas cap’ !









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