On veut leur régler leur conte
Réalisateur :
Terry GILLIAM
Scénaristes : Ehren Kruger
Acteurs : Matt Damon, Heath
LedgerAnnée :
2005
La critique « à la Mac Guff
»
Terry Gilliam a le sens gothique et du grandiose :
l’histoire, fantaisie brodée autour des célèbres contes des
frères Grimm, lui permet de déployer son imagination dans les
décors à la « Sleepy Hollow » (village brumeux et forêt enchantée),
dans les personnages qui pourraient sortir d’un dessin animé
de Jérôme Bosh (anachronisme mis à part), dans les visions
fantastiques et cauchemardesques que recèlent ces contes (la jument
qui avale la gamine, et court affolée le ventre ballonné, la Reine,
quadricentenaire et draculienne à souhait, et son reflet
éternellement jeune – Monica Bellucci -)
Quitte à en faire un peu trop : l’histoire s’essouffle
vers la fin, devenant une classique lutte entre bien et mal.
Auparavant, pourtant, l’idée de présenter les frères comme
des bateleurs de foire qui jouent de la crédulité des villageois
pour soutirer leur gagne pain est intéressante, d’autant
qu’ils sont interprétés par les excellents Matt Damon et
Heath Ledger.
La comédie naît des contraires : William, l’aîné, est un
hâbleur coureur de jupons, tandis que le cadet Jakob est au
contraire introverti et timide.
Pour gagner leur vie, les frères ne se contentent pas de raconter
des histoires extraordinaires à des villageois terrifiés, mais les
fabriquent de toutes pièces, à l’aide de savants systèmes de
câbles et de poulies, de lanternes magiques et d’éclairages
sophistiqués, ainsi que de deux comparses, l’un machiniste,
l’autre maquillé.
Ainsi, le film, lui-même rempli de trucages, se présente autant
comme une mise en abyme ironique, que comme une réflexion sur la
réalité et l’illusion, essence même du cinéma.
De même, le récit est parsemé de scènes fondatrices de
l’imaginaire grimmesque : la gamine vêtue d’un manteau
rouge s’égare dans la forêt, la méchante Reine demande qui
est la plus belle à son beau miroir, etc. Où s’arrête la
réalité, où commence la fiction ?
Lorsque les arnaques des frangins sont découvertes, ils sont
condamnés par le gouverneur, un Général français (l’Allemagne
est alors occupée par les troupes napoléoniennes) et son factotum
italien spécialisé dans la torture, soit, au choix, à la peine
capitale, ou bien à élucider le mystère des enfants disparus
d’un village perdu dans la forêt (option choisie à
l’unanimité par les deux frères).
Malheureusement, au fil du temps, l’ironie et
l’(im)pertinence du début cèdent la place à l’action
pure : pas désagréable à regarder, elle endort malgré tout les
neurones tenues jusque là en éveil par le traitement original et la
complicité des deux interprètes principaux.

Commentaires